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  • Qu’avons-nous appris de la cartographie des artistes et travailleurs culturels d’Ottawa?

    Qu’avons-nous appris de la cartographie des artistes et travailleurs culturels d’Ottawa?

    Les artistes contribuent à la beauté et à la vitalité de leur collectivité. Ils nous divertissent et nous inspirent; les quartiers forts d’un caractère artistique sont d’excellents milieux de vie, de travail et de loisirs. Heureusement, Ottawa compte une foule d’artistes, pour ne pas dire des milliers. Au Recensement de 2006 (le dernier recensement utilisant le questionnaire détaillé), on comptait 4 600 artistes à Ottawa, soit une augmentation de 9 % par rapport au Recensement de 2001. On dénombrait aussi 22 500 travailleurs culturels.

    Savoir où vivent les artistes et travailleurs culturels aide à établir leur incidence sur leur quartier. De plus, ces renseignements peuvent faire ressortir certaines des difficultés qu’éprouvent ces artistes et travailleurs culturels, comme l’embourgeoisement et l’augmentation des coûts des locaux. Bien que les artistes et travailleurs culturels donnent beaucoup à leur collectivité, leur rémunération n’est pas toujours à la hauteur de leur contribution. En fait, les données de recensement susmentionnées montrent que, à Ottawa, le revenu des artistes est inférieur de plus de 50 % à celui du travailleur moyen.

    C’est pour ces raisons que beaucoup de villes souhaitent savoir où se trouvent les artistes et travailleurs culturels. En 2008, Ottawa était l’une des cinq villes canadiennes, avec Toronto, Montréal, Vancouver et Calgary, participant à une étude menée par Hill Stratégies afin de cartographier les artistes et travailleurs culturels d’après les données de recensement.

    L’étude

    Les analystes ont divisé chaque ville d’après les trois premiers caractères du code postal afin d’obtenir les données de recensement. Postes Canada parle de régions de tri d’acheminement, mais ces zones sont communément appelées « régions postales ». Malheureusement, les régions postales ne correspondent pas parfaitement aux quartiers, bien qu’elles les représentent assez justement en milieu urbain (p. ex. Vanier correspond à K1L). Contrairement aux quatre autres villes incluses dans l’étude de Hill Stratégies, Ottawa comprend toutefois de grandes zones rurales. Les régions postales dans cette partie d’Ottawa couvrent souvent de vastes étendues composées d’un amalgame de villages ruraux, de terres agricoles et de zones d’exurbanisation (essentiellement des quartiers de banlieue juste à l’extérieur du centre urbain). Il faut en tenir compte quand on examine les constatations de Hill Stratégies pour Ottawa.

    Dans le rapport de Hill Stratégies, les artistes comprennent les acteurs et comédiens; les artisans; les auteurs et écrivains (ce qui exclut les journalistes); les chefs d’orchestre, les compositeurs et arrangeurs; les danseurs; les musiciens et chanteurs; les autres artistes du spectacle; les peintres, sculpteurs et autres artistes des arts visuels; et les producteurs, réalisateurs, chorégraphes et le personnel apparenté. Les travailleurs culturels comprennent les professions de création, de production, de nature technique et de gestion dans les domaines de la radiodiffusion, du cinéma et de la vidéo, des enregistrements sonores, des arts de la scène, de l’édition, de l’impression, des bibliothèques, des archives, du patrimoine, de l’architecture et du design.

    Ces définitions sont toutefois limitées par la méthode de collecte des données de recensement. Par exemple, on ne mentionne aucune catégorie distincte pour les producteurs de films, bien qu’ils puissent être inclus dans d’autres catégories. En outre, celle des auteurs et écrivains est assez large. Même si elle n’inclut pas les journalistes, cette catégorie comprend beaucoup de rédacteurs dont les écrits ne sont ni créatifs, ni originaux. Dans les circonstances, il n’est donc pas certain que ces personnes devraient toutes être vues comme des artistes. De plus, les professeurs qui enseignent les arts dans des écoles sont recensés comme enseignants (et non comme artistes), et il n’y a aucune façon de distinguer ces enseignants des autres; ils ne pouvaient donc pas être inclus dans l’étude. Le ministère du Patrimoine canadien travaille actuellement avec Statistique Canada à la création d’un compte satellite de la culture qui permettra d’obtenir des données plus précises sur le secteur culturel. Cet outil n’était malheureusement pas disponible quand Hill Stratégies a effectué son étude.

    Le fait qu’on recense seulement la principale occupation du répondant pendant la semaine de référence du recensement (habituellement en mai) pose aussi problème. Ainsi, les artistes à temps partiel qui ont un emploi à temps plein ne sont pas inclus, ni ceux qui ne travaillaient pas cette semaine-là (p. ex. les membres d’une troupe théâtrale en saison morte). Cela s’est probablement traduit par une importante sous-estimation du nombre d’artistes à Ottawa. De plus, il y a incongruité entre les questions du recensement sur les occupations et les revenus. D’un côté, on demande aux répondants de préciser leur principale occupation durant la semaine de référence du recensement, mais de l’autre on leur demande leurs revenus annuels pour l’année précédente, même s’ils proviennent d’autres occupations.

    Enfin, les données de recensement sont aussi limitées parce qu’elles indiquent où les artistes et travailleurs culturels vivent, mais pas où ils travaillent. Toutefois, la Ville d’Ottawa recueille déjà des données sur les établissements commerciaux ainsi que le nombre de personnes qui y travaillent et leur occupation. Il sera intéressant de comparer ces deux ensembles de données pour voir si les quartiers où il y a du travail de création sont aussi ceux où les artistes et travailleurs culturels vivent. C’est l’une des raisons pour lesquelles la Ville d’Ottawa a entrepris son projet de cartographie culturelle : comparer les ensembles de données de différentes sources pour découvrir de nouveaux renseignements sur le secteur culturel d’Ottawa. Gardez l’œil ouvert : d’autres articles sur le sujet seront diffusés après l’analyse comparative.

    Les constatations

    Malgré ses limites, le recensement demeure une excellente source de données. C’est de loin l’enquête la plus vaste effectuée au pays, et les résidants canadiens sont tenus d’y répondre par la loi. L’étude de Hill Stratégies a fait des constatations intéressantes à Ottawa; nous pourrons les prendre en considération conjointement aux autres renseignements dont nous disposons sur les quartiers et le secteur culturel d’Ottawa.

    Les artistes et travailleurs culturels forment une part non négligeable de la main-d’œuvre d’Ottawa. Comme on le mentionne ci-dessus, il y avait 4 600 artistes à Ottawa en 2006, soit une augmentation de 9 % par rapport au Recensement de 2001, ainsi que 22 500 travailleurs culturels, et ce, même si les artistes et travailleurs culturels à temps partiel qui avaient un autre travail plus prenant n’étaient pas recensés. Les artistes et travailleurs culturels qui ne travaillent que périodiquement pendant une année, mais pas au cours de la semaine de référence du recensement, se trouvent ainsi exclus eux aussi. En 2005, les revenus variaient grandement d’un quartier à l’autre, mais c’est seulement dans la région postale K2A (secteur ouest de Westboro) que l’artiste moyen gagnait plus que le travailleur moyen d’Ottawa, soit 35 300 $ (environ). Cela signifie qu’on peut raisonnablement s’attendre à ce que beaucoup d’artistes doivent occuper d’autres emplois pour gagner leur vie; par conséquent, les données de recensement sous-estiment probablement le nombre d’artistes dans la ville. Il est intéressant de savoir que les travailleurs culturels gagnaient 9 % de plus que le travailleur moyen de la ville, et donc que le secteur culturel d’Ottawa peut fournir un bon revenu à des milliers de personnes. Ce secteur peut aussi être une bonne source de revenus dans les quartiers à faible revenu, comme la région postale K1L (Vanier), où les travailleurs culturels gagnent 25 % de plus que le travailleur moyen du quartier. Comme Vanier était l’un des quartiers choisis pour la tenue d’un projet pilote de cartographie culturelle, l’équipe de cartographie culturelle s’est penchée sur les possibilités créées par le secteur culturel dans ce quartier.

    Tant les artistes que les travailleurs culturels ont tendance à former des grappes dans certains quartiers, ce que l’on constate dans les cinq villes étudiées par Hill Stratégies. Habituellement, ces quartiers sont proches du centre-ville. C’était le cas à Ottawa, où la région postale K1M (Rockcliffe et New Edinburgh) affichait les concentrations les plus élevées d’artistes et de travailleurs culturels, tandis que la région postale K1S (secteur sud du centre-ville et Vieux-Ottawa-Sud) présentait le nombre absolu d’artistes et de travailleurs culturels le plus élevé. La proximité au centre-ville est toutefois une question de point de vue et varie en fonction de la ville. Ottawa est si VASTE par rapport aux autres grandes villes canadiennes que toutes celles de l’étude pourraient y être incluses, et il y aurait encore de la place. Cela signifie que des quartiers qui semblent assez proches du centre-ville du point de vue d’Ottawa pourraient être considérés comme des banlieues dans d’autres villes. Ceci dit, la région postale K2K (Kanata Nord) est à l’extérieur de la Ceinture de verdure (et donc loin du centre-ville même du point de vue d’Ottawa), mais demeure parmi les dix quartiers de la ville où les artistes sont les plus présents. L’étude de Hill Stratégies n’aborde pas les raisons pour lesquelles un quartier pourrait compter davantage d’artistes ou de travailleurs culturels que ce à quoi on pourrait s’attendre vu son emplacement dans la ville, mais il est possible que la concentration supérieure à la moyenne de personnes œuvrant en création à Kanata Nord soit due à la présence d’une grappe d’entreprises très novatrices dans ce secteur. On peut donc en déduire que Kanata Nord est l’un des quartiers où on devrait mener des études et une analyse plus approfondie.

    La région postale K1M (Rockcliffe et New Edinburgh) est un autre secteur intéressant, puisque c’est là qu’on trouve la plus importante concentration d’artistes et de travailleurs culturels, comme on le mentionne précédemment. En revanche, c’est aussi là qu’on constate le déclin le plus marqué du nombre d’artistes dans l’ensemble des régions postales d’Ottawa entre les recensements de 2001 et 2006, passant de 3,0 % à 2,3 %. Ici encore, l’étude menée par Hill Stratégies n’aborde pas les raisons sous-jacentes à ces constatations; ce déclin pourrait toutefois être lié au coût élevé du logement dans ce secteur. Les artistes de ce quartier gagnent peut-être plus que les autres de la ville, mais leurs revenus sont de 32 % inférieurs à ceux du travailleur moyen dans le secteur de Rockcliffe et New Edinburgh. En fait, même les travailleurs culturels y gagnent 6 % de moins que le travailleur moyen du quartier. Si les artistes n’ont plus les moyens de vivre dans le quartier, qu’est-ce que cela signifie pour le quartier et pour les artistes? Rockcliffe-New Edinburgh est aussi un secteur où l’on devrait tenir des études et une analyse plus approfondie afin de répondre à ces questions.

    Les prochaines étapes

    Les données comme telles ne sont pas très utiles, mais c’est un début. L’étude menée par Hill Stratégies présente les données de recensement de sorte à illustrer la formation de grappes d’artistes et de travailleurs culturels dans les villes et à fournir d’autres renseignements clés sur eux (comme leurs revenus). Cela s’est traduit par des constatations intéressantes sur Ottawa et des suggestions d’études de quartier. Plus on intégrera de données à la cartographie culturelle, mieux on comprendra le secteur culturel dans chaque partie de la ville, ce qui pourrait répondre à certaines des questions soulevées dans l’étude de Hill Stratégies.

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